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Claude JASMIN
Monsieur l'éditeur,
Dans son mémoire à la CEGSALAF que préside un autre M. Larose, au nom
de l'UNEQ et publié dans Le Devoir du lundi 26 mars, le professeur Larose
dit d'abord qu'il est pour la vertu et contre le vice. Original ! Il
fustige par exemple " le populisme démagogique " des "
linguistes nationalistes " et des enseignants en faveur du joual.
Ensuite, son mémoire veut nous entraîner dans un domaine disons
enchanté! Féerique ! Il écrit : " nous sommes des Anglais "
(sic), " des Américains aussi " (sic) et que nous devrions
enseigner et produire des textes (télévision, cinéma compris) sur le
passé glorieux de pionniers ne craignant pas de naviguer jusqu'au fond de
cette Amérique sauvage ! Il dédaigne nos audacieux républicains
québécois, ‹les Patriotes, de 1830-1838 ‹ il dit : " glorieux
mais patibulaire ".
Larose en a assez (et l'UNEQ aussi sans doute) du rapetissement
historique. Diable ! Avons-nous vraiment perdu en 1760, nous sommes-nous
fait coloniser par Londres, colons abandonnés par la France et puis
ensuite, assimiler, oui ou non ?, en Manitoba comme en Ontario et ailleurs
? L'auteur du mémoire de l'UNEQ souhaite une sorte de révisionnisme de
notre histoire. Il sombre alors dans un néo-messianisme aussi illusoire
que celui des " curés " du dix-neuvième siècle qui voulaient
le triomphe canadien français catholique d'un océan à l' autre. Une
fierté artificielle, négationniste de la réalité historique des
nôtres. Et cette farce combattrait le créole et améliorait la langue
parlée et écrite? Franchement Larose !
Poèmes et romans en joual voulaient illustrer avec lucidité dans "
quel trou nous étions tombé collectivement " (dixit Réjean
Ducharme). Ses auteurs (dont je fus avec mon " Pleure pas Germaine
") ne disaient jamais : " Voilà la langue qu'il faut continuer
de parler. " Jamais ! Ce créole est devenu populaire (Yvon
Deschamps, Charlebois et Cie.) par le simple fait qu'il " sonnait
" avec force les accords profonds de notre pauvreté sociale. C'est
une erreur de croire que les médias l' auraient aidé à se répandre, le
joual était là, partout, dans toutes nos rues. Larose vante sans état
d'âme l'écrasement impérialiste, métropolitain, fédéraliste, des
autres langues en France. Pourquoi pas alors adopter une langue mondiale,
on sait bien laquelle serait élue, n'est-ce pas ? Suivez mon regard. Quoi
? " Nous sommes anglais et américains ", répéterait-il.
Défaitisme ou inconscience ? Je ne savais pas que mon union était
d'accord avec la loi du plus fort.
Le prof Larose prétend que la louange des conquêtes, jusq'au Mississipi,
ramènerait les enfants de nos émigrants dans notre giron. Je doute fort
que le jeune Roumain, Sri Lankais ou Vietnamien soit sensible à ce "
péplum " historique hollywoodien, cette brève saga d'avant la
défaite des Plaines d'Abraham. Ces héros (La Salle, La Vérendrye,
Marquette et Jolliet) laisseraient de glace le petit Québécois d'origine
cambodgienne ou paskitanoise. Enfin, le dénonciateur de notre noirceur,
Larose, avance que ceux " qui ont fini anglophones " ‹ses mots‹
ne sont pas des traîtres. Bien. Il dit et écrit à l'autre Larose :
" Ils ont eu leurs raisons. " C'est court pour dire qu'ils ont
été assimilés par la francophobie ambiante. Une réalité qui
l'embarrasse. Bref cette sorte de bon-ententisme ‹"nous sommes
aussi des anglais ", s'exclame le rédacteur mandaté par l'UNEQ‹
pue son pacifisme délétère. Et s'écrier, comme il le fait, que "
notre Ministère de l'éducation démolit la loi 101 " relève de la
fanfaronnade. Que notre union d'écrivains québécois endosse pareille
forfaiture est d'une navrante tristesse. Notre président, Bruno Roy,
devrait maintenant s'en expliquer s'il ne veut pas que le farfelu
visionnaire poursuive sur sa lancée surréaliste folichonne.
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Claude Jasmin Sainte-Adèle
26 Mars 2001
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