Claude Jasmin, écrivain
Envolées lyriques 
parues dans  Pour l'argent et la gloire 


 



 

 

 


 

Voici des envolées lyriques parues dans « POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE ». Ces pouffées sans majuscules furent appréciées et j’ai cru bon les regrouper pour lecture sur mon site web. C.J.

1-

N’y a plus qu’à retourner à mon job de window-display :

…un été trop chaud, debout de bonne heure, l’atelier m’appelle, salaire de famine, nager en sueurs, un bordel de bébelles, mon éléphant beurré rose, gigantesque pachyderme de papier mâché, couvert de perles de vitre, topaze, ambre, turquoise, brillants bon marché, ajoutons des colliers, le boss est content, fume son cigare empesté, ajoutons des guirlandes, oreilles de mousse, mettons des rubis, du toc dans les yeux, il fait afrique rue de Bleury, sous-sol scintillant, peinturons ces socles, or et argent faux, lignes sang de bœuf, carnac chargé de bijoux à trente sous, trompe enrubannée, fleurs importées, made in Hong Kong, du bleu sur les papattes, jaune aux défenses, faux ivoire luisant, monsieur Drifmann jouit, atelier des jeunes picasso, des quatre horizons de la ville, brossons un bel élan, gracieux ersatz forestier, colorons des angelots, garnir les magasins, faire rêver les acheteuses, voici des lauriers écarlates, des fougères de plastique, blasons reluisants, diamants plastifiés, saupoudrer la femme de plâtre, diamond dust, poser des hanches aux fées, seins aguicheurs, prévoir les achats compulsifs, on y travaille, artificiers en camelote, broches et ficelles, rubans de soie écarlate, je taque et taque, flocons gold fiction, voici des nains heureux, tuques de faux velours, narines lourdes, magiciens à baguettes de verre, confetti volent, serpentins de raffia, crécelles de fer blanc, flûtes d’abondance, flocking mirifique, nageons dans le make-beleive, soupiraux avares de cette cave, dehors, le trafic gronde, la shop gronde, dépêchons dit monsieur Drifmann,  livraison demain l’aube, seagram attend, urgence-pacotille, je tique et retique, un cortège de faussaires, reliques éphémères, clouer et déclouer, convoi de bimbeloterie, sonore carnaval,   tassez-vous romanichels, encoller ce sorcier, odeurs empoisonnantes, coller et décoller, polichinelles désarmés, gesticulation sur rotors, trop de benzine, trop de caséine, trop d’heures debout, ces trop longs jours, l’antre aux menteurs, la caverne joy-display, hippocampes translucides, arc en ciel pour rire, aurores boréales trafiquées, le commerce s’étale, took-les-chemises s’impatiente, giflez le bouffon multicolore, carpes exotiques, hippocampes émaillés, respirons le shallac orangé, voici des faons dysneylandisés, déroulons le papier seamless, collez, brochez, clouez, découpez artistes en trompe les yeux, coffres de bijoux à une piastre, made in japan, faire reluire l’attrappe-client, licornes de grenat, morses empaillés, posons des auréoles de lapis-lazuli, elfes mignons, ils vont y croire, l’enfance des yeux agrandis, chez morgan, eaton, simpson, cirque de nos maquillages, organiste de barbarie, bohémienne au rictus d’ogre, son perroquet ouvre le bec, pige ta bonne aventure, bravo bravo, gueule sam drifmann, tout scintille dans la shop, quincailleries du vent, joailliers en mensonges, brochez, collez, tranchez, cadeaux des fêtes, vastes montres vitrées, grands magasins, plus ébouriffées les crinières des lions, crin de cheval, cric crac croc, brochez, brochons, cerceaux rutilants, fouets en  nylon multicolore, voici vingt cerceaux, papier crêpelé, douze cerfs volant, dragons cracheurs de feu froid, monstres aux râteliers lumineux, clignotantes luciole électriques, brochez les jeunes picasso, suez et vissez, la féerie des pâques s’amène, canards de balsa, poussins affriolants, lapins à  casquettes, cocos de méandres marbrés, nids d’herbage hypnotique, suez les picasso, dresseurs de mirages, à cinquante cennes de l’heure, monsieur Drifmann si fier, toupie tournoyante, il crache par terre, feint l’extase, carrousels de lutins violets, inventions des reptiles

tortilleurs, une parade s’installe, défilé des  papillons géants, tapissons cette caverne de voleurs, Mandrake accourt, Aladin a sa lampe, souhaits vagues, puncheur au cadran, longues journées, kid mystère en nage, brochez les téméraires, l’été s’achèvera, noël reviendra, capuchons en faux feutre, bedaines pleines de cannes, bonbons de carton, catins immangeables, jupes virevoltantes, jets des invisibles ventilateurs, trichez, trichons, génies du quatre sous, jeunes gueux des beaux-arts reniés,  monsieur Drifmann le répète, activez vos cervelles, le merveilleux règne, pacotille de paramount-art-display, le tramway te ramassera, coin Mont-Royal, à demain les fourbus, les doigts qui paralysent, rentrer souper tard, les mains souillées, les godasses picotées, maman dira, décrottes-toi d’abord, ne pas salir la nappe cirée, encore de la saucisse, des patates pillées, j’irai voir dorothy lamour, au cinéma Château, elle a de si belles cuisses…des vraies…

 

2

Je gardais mon poste de simple décorateur parmi des milliers d’employés…

 

….tellement mieux

 que du temps des sandales colorée, rue de la gauchetière, quand j’avais vint ans, de la machine à « stitcher » les  talons, odeur de colle, poussière de plastique, pas de masque personne, ce temps-là, dix heures devant le botcheur, le statcheur, le  strikeur et la boffeuse, bruits de la meule déglinguée, faire reluire la misérable godasse, bon marché, ce grenier puant au dessus des gargotes, quartier chinois, goudron frais, sauce soya, odeurs des chicken-fried-rice-sparibs-egg-rolls, et compagnie, des filles trop jeunes, travailler déjà, gardiens du stock-room vicieux, journées passées à « bolstitcher » ces souliers  —on disait des souillés— à cinquante cennes, semaines à n’en plus finir, samedis compris,  garnir les étagères, faiseurs de  godasses fragiles, voir brailler la putain chinoise dopée, larmes sous nos enseignes, voir les clochards courbés, quêter les restes de cuirette, des restes de plastique bleu, vert, jaune, se faire des fétiches, scoubidoux  à codes secrets, voir les robineux, « rub-in » dans le gorgoton, beurk, couac, ils cognent dans porte de la manufacture, « les deux yeux farmés b’en dur », du charme, « le punch de la clock », nous arracher dix cennes, un bout de baloney moisi, un œuf dans l’vinaigre, une langue de cochon marinée, deux biscuits soda…

tellement mieux

 la scénographie, oh oui, ces petits jobs, rien de tout, suées l’autre été, usine de laura-secord à ahuntsic, millions de popsicles, de revels, de fudgicles, surveiller la machine à bâtons, tuyaux encrassés de crème à glace, toutes les couleurs, assommantes routines, les  tapis roulants, noirs caoutchoucs mobiles, sans cesse trier, les citron et les oranges, les aux-cerises, les aux-bleuets, délices des garnements rue Lajeunesse, cuves à décrotter, étain rouillé, casseroles de zinc, rincer, stériliser, la scénographia…

tellement mieux

 que se ramasser pour un été de plus, chez brofey-umbrellas,  défaire les membranes, classer les anneaux, tendre la soie noire, rouge, verte, bleue, jaune, démonter, remonter  les rayons, les cannes, les trilles, réparer les retours du client, huiler les machines, graisser les moteurs, remplir les commandes, bureau moisi, comptable dément, le névrosé du shipping-receiving room, décors de télé…

tellement mieux

 que de laver la vaisselle du chantecler hôtel… tellement mieux que wrappeurs chez steinbeur, fuir les gérants zélés, nous cacher des spotteurs, sourire aux dames pingresses, pourboires chétifs,…tellement mieux que de planter des quilles au bowling de la rue saint-hubert avec la frousse d’avant les bowlings mécanisés à recevoir une boule dans les poignets, dans les chevilles…

tellement mieux que de servir les fines gueules, ce baronet chic and souelle, calvaire d’oka, les caprices des crésus bombés, ils ont jamais vraiment faim, dégarnir, servir re-servir, dé-servir, laver les planchers, nettoyer les tapis, changer les couverts, surveiller les richards, nappes brûlées, il  faut payer…

tellement mieux, la scénographie, rester là alors, trente ans…

(page11)

 

3-À L’USINE DE  LA SEVEN-UP L’ÉTÉ :

 (page 13) .

 

 je me souvenais des usines, avant…

 …il était fou, un vieux garçon, les dents cassées, émile le pantin agité, crâne trop chauve pour son âge, corbeau mécanique, ahuri, fébrile, excessif, il lève mille caisses de seven-up, haltères de plumes pour lui le zélé, dix heures par jour, plancher gluant de liqueur renversée, il fait si chaud cet été-là, goulots fracturés, douches de seven-hop, les compagnons du joug baveux, gueuleurs, pyramides de caisses, le foreman, despote-Lapierre, le dément menace, cadences folles à garder, abrutissants tapis roulants, roulez maudites strappes, , trop de bouteilles aux éjecteurs de l’usine, embouteillage-en- bouteilles-vertes-bouteilles, en voir p’us clair, lapierre fâché :

hostie-de-christ-de tabarnacle ! calvaire-de-ciboère ! saint-sacrament-de-calisse…la messe des fous…

coin de la rue jean-talon, seven-hop gronde sur ses gonds, les surchauffes, la canicule dehors, bon pour le commerce, l’un tombe, sans connaissance,  tassez-le, appeler la police, un faiblard de quinze ans, tant de jeunes muscles, enchaînement aux chaînes, le dictateur s’enflamme, foreman géant-gérant fou, roulez les convoyeurs, prendre les mécaniques de vitesse, charlot reconnu, imitation du film, salaire de diable-par-la-queue, l’été brûle, en face le gazon jaune, chic boulevard graham, la fille seven-hop,  sourire de carton peint,  les beaux yeux verts, jade d’émail placardé, fruit rouge aux babines, beaux seins découverts, taille publicitaire, tôles peintes, les annonces claude-néon, les william- thomas, la démonstreuse passe en trombe, fioles aux mains, lourds tétons, fessier accorte, lui sourire, gens des rues surchauffées, avalement partout, les frigos ronronnent dans l’entrepôt, monsieur Lapierre est fier, le cota est bon, pause- sandwiche, trente minutes, l’herbe bleue du parking, fromage orangé et pain mou, les jeunes dents croquent, sueurs dans les cous, retour au travail, surveillant-singe, sa cage épuise nos yeux, guetter le guetteur, puissants réflecteurs, fonds des bouteilles mal lavées, des mégots collés, ouash, une rainette, morte, mouches noyées, ouasch, ouasch, maudite marde, on crève c’t’année, jour après jour, seven-hop, tuyaux comme rivières, les planchers luisent, colonnes cordées de caisses, les camions s’avancent, cheveux dans le visage, le despote fou sacre en anglais, une crise de dents-cassées, chasser émile-le-pantin, , travailleur brisé, dépassement des cadences,  la machine battue, adieu furieux, ambulanciers, monsieur Lapierre offre ses cigarettes,  nouveauté, filtres dorés, un bon boss, cinq minutes de break, une barre de chocolat, l’herbe se meurt, pofffes derrière les placards, observer les enfants propres, bourgeois voisins,  bacs à fleurs, tertre de town of mount-royal, sifflet, les gants troués, les chemises mouillées…

 

buvez en tous car ceci est notre transpiration, buvez en tous en mémoire de notre jeunesse usée à la seven-hop…

 

4- LA SCÉNOGRAPHIE

 

(page 20 et al )

L’écrivain de retour au… window display. Vitrines à concevoir, décors pour Julien Clerc, Charlebois, Dubois, c’est stimulant…mais aussi pour les Jen Roger, Gignac, Lucille Dumont ! Ouaille !

 

…je m’amenais tôt, en studio, ces montages aux aurores, les grilles aux plafonds, pieds partout des éclairagistes acrobates, mains gantées aux portes noires, spots à ajuster, échelles d’aluminium entre nos illusions, grimpeurs encombrés, mes machinistes remuent, étudier ma plantation, bouleaux tranchés, la forêt pour rire, pompe à cacher, rivière pour rire, faire vrai, répandre du pitmosse, mettre du grass-matte sous les rochers de célastique, sacs de sable sur les supports, pesées de plomb derrière le backing, vue imprenable du vieux québec, drapistes accourus, portières de satin, lucarnes du château frontenac barbouillées vert-de-gris, marquisette découpée, vrais rideaux de faux brocart, béni soit le velcro, eaux tourbillonnantes, cascades au bas des tours, bassins de faux marbre, dripping et mouchetis, effet de vent, camoufler la machine à fumée, le fleuriste énervé,  des braces à fixer, huiler les porteuses, remplir un flaille de mes bebelles, voir aux câbles de la galerie, installer les carreaux de linoléum, dérouler les prélarts, retouches d’urgence, accessoiriste emmerdé, un vase ming pété, organiser l’ordre des toiles de fond, renforcir avec de la foraine, organiser les caches du régisseur, plates-formes sous le château, maudit château branlant, des pesées, des pesées, balancer les suspensions, boule de bal, ici, un lustre de cent kilos, là, place pour les strips, gélatines qui traînent, cyclorama à bander, praticable pour la chanteuse myope, refleurir un buisson, vite, vite, rubberfoam sur ce piton, mieux enligner les ifs, clouer du treillis, bang, bang, deux bouleaux là, trois cerisiers roses par ici, faire faux-vrai, faire accroire, huiler les charnières, plywood des grilles, mâchicoulis  du maudit château, fausse perspective, ajuster l’escalier, hausser la rampe, la toile de fond plisse encore, l’arroser par derrière, venise au loin pour la trois, backings peints pour la grue, pause, les bouffons peuvent venir, prendre des cafés, cacher le brandy, mes machinistes essoufflés, dubé le râle bas, galarneau picole, le menusier beaudoin rit, bienvenue pleure, guetter l’arrivée du réalisateur, vérifier nos effets spéciaux, contenter la diva, calmer la scripte incrédule, rassurer le prudent directeur technique, faire tournoyer le soleil, se balader la lune, on y va, répétition stressée, piéges pur le ténor, folies du découpage, câbles emmêlés, excès, dangers, risques, blâmes immérités, échecs souvent, réussites parfois, amertume de l’équipe, détritus sur le lino, désert saharien crédible, paquet de guenilles, un pommier blanc tombe, papier froissé, stripping de mer scintillant, lumière sur une égypte rapetissée, émerveillement du ténor, peinte tout content, bruit des chevaux invisibles, tomber sur le cul pour ce sacré-cœur de paris, dix secondes !, un quatre par huit pour la rome antique, huit secondes !, claude bérard prêt ?, débarrasser le chevalier de sa cuirasse, cinq secondes !, tu y es robert low ?, fourmis à la régie, escalier dévalé, trois secondes !, ajuster vite le dôme, redresser notre-dame, plus le temps, cabine rouge sang, ça roule vidéo, deux secondes !, attention la deux, plan large pour un pan, jodoin trucking à gauche, la trois derrière buckingham-palace, diminuer le clair de lune, trop tard, manhattan racorni, jaune  carton, attention marcel lord , la quatre beaudoin, prenez quatre, montez la lune, c’est parti, descendre doucement le soleil, oh oui, un beau métier

 

(page 33 et al )

 

5-

- Ne plus écrire pour cesser de rêver ? Cet été, canicule, un étourdissement, dehors, au bord du lac....

    

       …ce maudit château familial perdu à jamais  était un mirage imbécile, je l’apercevais encore parfois, furtivement, quand j’allais plonger dans le lac rond au bout du quai, ou quand je taillais une haie sauvage, quand je fixais des tiges de bambou dans un rosier jaune, ou que je coupaillais dans un pommier sauvage, quand je nageais autour du radeau et que j’en chassais les goélands si « chiants », quand je ramassais des pierres plates pour un sentier dans la pinède miniature, oui, le château niais surgissait, chaque fois, je murmurais : maman…je n’aurais jamais dû lui en parler de ma lubie aussi,  je riais, vieux fou, oui, il me faisait rire, ce château sur la rive d’en face, avec ses flèches, ses clochers, fanions jaunes, oriflammes rouges, bannières bleues, pauvres guenilles sous une brise molle, ses tourelles, ses meurtrières pour rire, c’était un cinéma puéril, du walt disney rococo, il insistait sur la rive d’en face, le soleil étalé, pailleté, sautillait sous le grand saule, mercure enflammé, pour me faire croire à de l’argent répandu, je résistais, je n’étais plus un gamin, j’étais un vieil écrivain s’essoufflant vite de nager cinq minutes, si vite fatigué, mais assez des reflets, du faire-croire, du trompe l’œil, je n’étais plus du tout décorateur, j’avais envie de crier, j’ai  gagné ma vie, laissez-moi tranquille maintenant, les goélands n’étaient pas du tout cette caravelle invitant au voyage, non, non, je méritais la paix maintenant, ces reflets dans l’eau violette, mensonges, décors de vitrine, du toc, maman, j’ai raté mon coup, j’ai trop rêvé aussi et trop fait rêver les enfants, magiciens idiots allez-vous en, la paix, la paix, ils veulent encore m’attirer dans l’infantilisme gaga, non, non, je tournais le dos, montrais un poing, c’était un bâtiment extravagant, séduisant et si menteur, je voulais avoir vieilli, j’étais sincère maintenant, je cherchais la réalité, je te le jure gamin génial, Rimbe-le-marin, ah tu peux dire que je t’ai aimé, toi, que j’ai essayé de te suivre, jeune, pas ma faute, pas assez de talent, écoute fantôme de papa, esprit de ma mère morte, j’ai fait ce que j’ai pu, le colibri, là, qui rit,  le cardinal qui rougit davantage, je n’y peux rien, je m’accroche tant que je peux au réel, trop de papillons aussi, monarques mexicains exilés, froufrous fous, l’été, dans le chèvrefeuille aux cerisettes roses, rouges et blanches, le carton-pâte ne m’aura plus, je ne promettrai plus rien, à personne, juré, craché, trop vieux l’écrivailleur, l’écrevisse à plume, à quatre pattes, je gratte sous les érables, je cherche un râteau de vrai fer, autour, toujours ce satané window-display, cet horizon laurentien, bossu, bleu et mauve, vert bouteilles-à-la-mer, très faux, mont Sauvage, mont Chantecler, mont Loup-garou, sommets silencieux aux couleurs boréales, marc-aurèle fortin vivant, énormes éléphants assis, dorés, en carton ma vie, en peinture démodée ma vieille vie, un décor inventé par eux, les enfants de mes enfants, c’est bien fini, le château navigateur est redevenu ce qu’il était, simple tas de condos sur l’autre rive, juste en face, agglutinés dans l’ombre, chante clair, très clair, en face, hôtel ordinaire avec forfaits offerts en week-end seulement...

     

      La réalité se réinstallait quand je vacillais parfois. C’était la chaleur. Un simple étourdissement. 

      Ouf ! La vie réelle, le calme retrouvé, le calme.

      Une crise.

( Pages : 44 et al…) 

 

6-

- (pages 73 à 76)

 

VIEILLIR-DELTAPLANE RUE ST-DENIS…

.…coup d’œil dans la glace des toilettes, ce matin, je vois un petit vieux, moi, la pluie arrose les fenêtres du condo, il va sortir acheter les journaux, des cigarettes, paquet vert, des more au menthol, marcher sous la pluie, apercevoir encore, de l’autre côté de ma rue, les trains de marchandises qui roulent, roulent, dos ronds marrons, serpents à n’en plus finir, le ronron ferrailleur, go West marchandises, sous la pluie, go West, moi, le petit vieillard, avant le coin du chemin bates, fenêtre panoramique lavée, la belle lynn, ses beaux sourires, plubicor prépare ses éditions people, le lundi, sept-jours et compagnie, full colors, échos divers, confidences d’un huard, aveux de la petit lemay, maintenant tourner le dos au viaduc juché haut, larges  échasses de béton, les voitures se bousculent dans les goulots du travail, lajoie, mc eachran, rockland, bousculade des tôles mouillées, la pluie à torrents, au sud de l’outre mont , la vallée de cierges fenêtrés, terre promise des salarié, tours à pupitres, à écrans partout, les banlieusards foncent, entrez dans l’étroit tunnel du gagne-pain, roulez les laborieux zélés, les prisonniers, musique de verdi dans la passat noire, musique de boum boum dans la honda rouge, opéra du passage obligatoire, le petit vieux s’est sorti du trafic, il passait par ici lui aussi, durant tente ans, il y a quinze ans de cela, tous les matins, tous les soirs, il n’est plus pressé, marcher le long de la bâtisse du docteur-en-cosmétiques, renaud, laboratoire de la beauté truquée, la lutte des femmes, éternellement trahies, la pluie trempe ma calotte de toile écrue,  les cils noyés, le regard flou, horizon de balcons partout, ce  manoir des séniors, en être un jour prochain, ce manoir, grosse commode à balcons, mille tiroirs ouverts, un salvador dali de briques, une élève costumée, couventine à tresses, sac à dos griffé, dans la cage plastifiée, ctcum, non, ne regarde pas tant ta montre, le bus viendra bien assez vite, plein de vies finies dans ce manoir outremont, petites vieilles teintes en bleu, en rose, petits vieux aux haleines fades, sous la marquise, bonjour veuf paradis, il ne chante plus, bonjour la veuve guérard, vie dévidée, ouvrir des parapluies, mains tremblantes, il pleut moins, entre maintenant dans le sous terrain, bonjour la proulx, sourire sous le lourd bonnet métallique, portique au salon des friseuses, bonjour l’infirmière, guet des chutes de pression, ménager les injections contre la grippe, elle court, bout du couloir, comme chaque matin, tourner à gauche, la pharmacienne vietnamienne range des flacons, survivre aux ordonnances, au coin de la royal bank, regards inquiets des assis sur le banc, carnets auscultés, des mains squelettiques, les feers s’envolent, trop vite, entrer chez le marocain, la vieille prud’homme te sourit, elle gratte le hasard, ne gagne rien, la bossue Ferland se gratte le chignon, pousse sur sa marchette, deux bananes, une tomate, un pain tranché, du café déca, un gros sac de réglisses rouges, Georgette-la-ridée grimace, plus de paris-match, bonjour, bon matin, le petit vieux fume encore, pas bon pour ses poumons, les gencives rouges sur le paquet, aucune crainte, comme picasso, vu hier à artv,  déguisé en taureau fringant, je m’en irai quand je voudrai, à quatre vingt quinze comme pablo, pas avant, après même, je le souhaite, la pluie ne va pas durer, la météo l’a dit, on ira marcher, ma jolie, au parc pratt, ou à l’ouest, go West, old man, on ira voir les anciennetés, pas loin chez iégor de saint-machin, on ira voir lucille, aux parterres du sanctuaire, on ira pas loin, le petit vieux s’essouffle vite, retour, la pluie persiste, journal tout mouillé, la une montre Bush crispé, autre scandale à la maison blanche, une jeune beauté, porche du laboratoire, on fume dehors désormais, fumée bleue, lèvres mauves, je pars, je m’envole au-dessus du viaduc courbé, mouettes chez MacDo, les wagons du  pacific roulent toujours, mon imper en deltaplane, je vogue,  je m’enligne sur les clochers de sainte-cécile, me voici revenu chez moi, j’ai treize ans, une année malchanceuse, j’ai failli mourir, on m’a coupé l’appendice à saint-justine, j’atterris sur la galerie, l’orage maintenant, l’eau du ciel à boire debout, énormes larmes qui battent la rue, ventouses rebondissantes, partout pointes

d’exclamations fluides, trottoir inondé, je fige au balcon, colonnes jaunies, je suis bien, si bien, heureux, léger, pourquoi donc, ça  sent bon l’eau, j’aime la pluie diluvienne, au coin de ma rue, la haute enseigne du cinéma, clignote, sémaphore perpétuel, en néon bleu et rose, toujours, encore ce château dans mon l’horizon, les lettres se déclinent, s’allument une à une, en séquences, d’abord le C, puis le H, le  avec son petit chapeau, puis  le T, ensuite le E, encore un A, enfin le U, trois fois, trois fois trois fois, ce mot magique au dessus de la marquise, ses ampoules qui roulent, grande vitesse, ensuite, vertical, le mot CHATEÂU, au complet, longtemps, CHÂTEAU, et ça recommence, toujours hypnotisé, incapable de ne pas regarder, ô saison, ô château, rimbaud est mort, rita hayworth est plus vivante que jamais, j’ai sa photo en bikini, popular magazine, ce soir me masturber encore, cabanon des hangars, assez, reprendre mon deltaplane, rentrer chez moi, moins de mouettes chez mac do, pourquoi n’avoir jamais pu oublier ce jour d’averses, ce moment, rue saint-denis, en rêver parfois, pourquoi donc, marcher vers le phénix, ne jamais mourir, renaître sans cesse, la cendre dans la fumée, cheminé de sico la peinture, toujours seul tous ces matins, mon amie fait sa toilette, je ferai le café, quatre tasses tous les matins, après midi on ira à l’ex-centris, ou bien au théâtre ce soir, ce jour va passer, un de plus, un de moins, rien ne changera plus, je vieillirai encore, rien à faire, je regrette, j’aurais tant voulu, tiens, lynn me sourit encore, marcher moins vite, j’aime la pluie, je garde mon parapluie fermé, j’aime la pluie, ne pas en parler de la peur, du ridicule, de ce roman à faire, foin de ma promesse, me décider, une histoire qui raconterait tout le monde, à partir des commencements, de la ferme à bâtir, arrachée aux arbres, la rivière des prairies, un fusil, une vache, une hache, le lieu d’aubin, du premier venu, du poitou, une vraie saga, c’est mon tour, me taire là-dessus, au cas où je pourrais pas, que j’aurais pas le temps, vouloir laisser une dernière trace, un héritage, ces mains sur la grotte du cro-magnon, meurt donc, mourrez les vieux, la paix avec vos signaux, un homme en vaut un autre, oui, mossieu sartre, d’où nous vient cette enflure, s’en aller bientôt le petit vieux, pas de flonflon, comme tout le monde, devenir sage, comme tout le monde, le phénix, le hall de granit, le concierge gislain, son trousseau de clés, bonjour, pousse le bouton de l’ascenseur, ferme-la une bonne fois, bon matin gislain, bonne journée monsieur l’écrivain, monter lire les actualités, m’enrager encore, l’épée qui me démange, vas-tu la fermer une bonne fois, écouter la musique, lire le roman d’un autre, s’asseoir devant les infos, continuer de rider, personne ne te demande rien, la boucler, boucler ta vie plissée, te taire une fois pour toutes, bonjour ma jolie, mon amour, il pleut à boire debout, il pleut comme il pleuvait sur l’enseigne du cinéma du coin, le château aux lettres de néons bleus et roses, je fais le café, mon amour, elle, l’aile aimée, pourquoi, claude, me parler du château, moi, je ne sais pas…

 

(IL MANQUE L’ENVOLÉE SUR POINTE-CALUMET REVISITÉ,VOIR LE LIVRE)

FIN.