Claude Jasmin, écrivain
Enfant de Villeraytexte plus petittexte plus gros


 



 

 

 


Le mépris, la honte ou l'arrogance?

La Presse,



Vous vous arrachez le coeur dans des mémoires de jeunesse (" Enfant de Villeray ") pour décrire, en douzaines et en douzaines de phrases, chapitre après chapitre, votre pauvre mère débordée vous montrez une de ces mamans de jadis, à la nombreuse progéniture, dévouée, dépassée, soumise et, à la fois, gérante de la trâlée avec de pauvres moyens et voilà qu' une lectrice spécialisée, dans La Presse, cogne et frappe :
" la mère, Germaine, qui sert du jello rouge pour dessert. "
C'est court, bourgeois, mondain. Plus grave, méprisant.
Vous avez voulu illustrer le sort des filles de ce temps-là quand le pater familias décrétait : "Pourquoi les faire instruire puisqu'elles vont se marier un jour." Dame Benoit résume:
" les soeurs (de l'auteur) finiront par aller travailler dans les manufactures du quartier".
Point final. Aucune compassion. Frigidité totale.
Quelle attitude et quelle altitude!
Et si vous narrez ‹c'est vu et raconté par un enfant donc avec un vocabulaire restreint ‹ le monde d'une tante libérale et pédagogue sans le savoir (Rose-Alba), d'un embaumeur insolite par son hilarité (M. Cloutier), d'un père alcoolique pathétique (M. Thérien), d'une aliénée perdue dans ses délires (Mad. Cordier), la dite critique ne lira, elle, que des silhouettes en forme de pions encombrants.
Cette froide lecture ‹aristocratique?‹ fait voir un esprit au dessus de l'humaine condition.
Aux yeux de cette lectrice détachée, ceux ‹nombreux‹ qui me témoignèrent leur totale empathie deviennent-ils de grotesques lecteurs sentimentaux?
Cette lectrice de La Presse sait tout de l'auteur qu'elle a fustigé en cinquante lignes puisque que " je raconte les miens " sans cachotterie ("La petite patrie", à feu les Éditions La Presse, date de 1972) que je parle franchement ‹trop, disait son titre d'article. Et moi je ne sais rien d'elle. Qui est Élisabeth Benoit? Deux choses: ou c'est une jeune femme qui sort d'un milieu super confortable ou bien elle vient du " populo ", comme moi, elle le regrette et en a honte.

Claude Jasmin, écrivain
Sainte-Adèle
Le 26 février 2001